lundi 7 novembre 2016

Mirra Alfassa

Elle s'appelait Mirra Alfassa mais à Pondichéry on l'appelait la Mère. Née en France en 1878 de parents égyptien et turque de confession juive, après des études de peinture à Paris, elle s’intéresse aux sciences occultes alors en vogue en Europe. D’esprit indépendant, elle n’hésite pas à divorcer d’un premier mari peintre et voyage avec son deuxième mari diplomate à travers le monde. C’est en Inde, à Pondichéry, qu’elle rencontre le gourou hindouiste Sri Aurobindo. Elle a alors 43 ans et c’est pour elle une révélation. Elle quitte son deuxième mari pour s’installer définitivement en Inde auprès du sage assigné à résidence à Pondichéry pour activités anticolonialistes. Consacrée "Mère divine" par Sri Aurobindo, elle crée avec lui à un Ashram à Pondichéry, lui donnant vite une dimension internationale. En 1968, elle fonde Auroville, un projet de ville idéale, à 5 kilomètres de l’Ashram. En 1973, elle meurt à l’âge de 93 ans, vénérée par des milliers de disciples en Inde comme à l'étranger. Une vie épique, singulière et controversée, entre deux mondes et deux religions.



Mirra, la Mère de Pondichéry from Laure Poinsot on Vimeo.

samedi 13 août 2016

Les portes du nouveau monde



 EXTRAIT de la GENESE du SURHOMME.
 
Il y a ce feu d'être qui ouvre les portes du nouveau monde….

Mais ce corps au début, n'est qu'une petite étincelle; sa masse ardente, une flamme vacillante qui parfois s'allume et souvent s'éteint, et qu'il faut rallumer encore et encore; C'est un petit cri de suffocation dans la nuit du monde, un besoin d'on ne sait quoi qui se promène avec nous, monte et descends nos méandres, qui nous suit tenacement comme une mémoire d'autre chose, comme un souvenir doré dans la grisaille des jours, comme un appel d'air, un besoin d'espace, un besoin d'aimer, un besoin d'être vrai. Et il grandit ce feu , ce cri:

L'homme est une étroite passerelle, un appel qui grandit (Sri Aurobindo, more poems).
C'est d'abord une petite flamme dans le mental, quelque chose qui tâtonne vers une inspiration plus vaste, une vérité plus grande, une connaissance plus pure, et qui monte, qui monte, qui voudrait même couper toutes les lourdeurs du monde, les entraves, les attaches, les encombrements de la terre, qui s'élève et débouche parfois, pure, aigüe, sur des sommets de lumière blanche où tout est à jamais connu et vrai -- mais la terre, elle, reste fausse; la vie, le corps restent dans la mêlée obscure, et meurent et se décomposent. Alors cette petite flamme blanche commence à prendre dans le cœur: elle voudrait aimer, guérir, sauver, et elle tâtonne ici, tâtonne là, aide le prochain, secourt, se donne et chante quelque chose qui voudrait tout embrasser, tout contenir et prendre la vie entière dans son cœur.Déjà, c'est une flamme plus chaude, plus dense, mais ses minutes d'embrasement sont comme une pâle luciole fragile sur un océan de vie obscur, à chaque instant elle est étouffée, noyée sous la vague et sous nos propres vagues d'obscurité -- rien n'est changé et la vie continue sa ronde.
Alors le chercheur veut faire entrer ce feu, cette vérité ardente dans chaque instant et dans chaque geste, dans son sommeil et dans ses jours, dans son mal et dans son bien, dans toute la vie, et que tout soit purifié, dévoré par ce feu -- que quelque chose d'autre naisse enfin, une vie plus vraie, un être plus vrai. Il entre sur la voie du surhomme. Et ce feu grandit encore, il descend, descend les étages de l'être, s'enfonce dans les caves subconscientes, déloge l'elfe gris, déloge la misère dedans, et brûle de plus en plus continûment, puissamment, comme attisé par la pression obscure.
C'est déjà presque un corps à notre semblance et c'est d'une couleur rouge-vermillon qui déjà tire sur l'or. Mais c'est encore fluctuant et précaire, il manque une assise fondamentale, une base de permanence. Alors le chercheur veut faire entrer ce feu dans sa substance et dans son corps, il veut que sa matière reflète la Vérité, incarne la Vérité, il veut que ça rayonne dehors comme au-dedans.
Il entre sur la voie de l'être supramental. Car en vérité ce moi de feu qui grandit, ce corps ardent qui ressemble de plus en plus à notre archétype divin, à notre frère de lumière sur les hauteurs, qui semble nous déborder de toutes parts et même rayonner autour dans une vibration déjà orange, est le corps même qui formera l'être supramental. C'est la prochaine substance de la terre: "plus dure que le diamant, et pourtant plus fluide qu'un gaz ", C'est la condensation spirituelle de la grande Energie avant qu'elle se transforme en matière.
Mais comment engrener ce feu dans notre matière, comment opérer le passage ou la transfusion de ce corps obscur et mortel à ce corps ardent et immortel ? 
L'expérience est en cours, il est difficile d'en parler, personne ne saura vraiment comment cela se fait jusqu'à ce que ce soit fait. Nul ne connait le pays ni le chemin puisque personne n'est jamais allé là, personne n'a jamais fait un corps supramental !
Mais ce sera fait, aussi inévitablement que l'homme et le singe, et le mille-pattes, étaient déjà faits dans la grande Semence d'or du monde. C'est la dernière aventure de la terre, ou peut-être la première d'une série plus merveilleuse sur une nouvelle terre de vérité. 

Satprem


mardi 19 juillet 2016

La liberté, l'égalité et la fraternité



" La liberté, l'égalité et la fraternité sont trois divinités de l'âme ; elles ne peuvent pas vraiment se réaliser par les mécanismes extérieurs de la société, ni par l'homme tant qu'il vit seulement dans l'égo individuel et dans celui de la communauté .

Quand l'égo réclame la liberté, il arrive à un individualisme compétitif. Quand il revendique l'égalité, il arrive d'abord au conflit, puis il tente de fermer les yeux sur les variations de la Nature et ne connait d'autre moyen que de bâtir une société artificielle et mécanique .

Une société qui cherche la liberté comme idéal, est incapable d'arriver à l'égalité ; une société qui cherche l'égalité sera obligée de sacrifier la liberté . Et parler de fraternité à l'égo, c'est parler d'une chose contraire à sa nature. Tout ce qu'il connait, c'est une association à la poursuite de fins égoïstes communes ; tout ce qu'il est capable de réaliser, c'est une organisation plus rigoureuse afin de répartir également le travail, la production, la consommation et les plaisirs .

Et pourtant, la fraternité est la clef du triple évangile de l'idée d'humanité. L'union de la liberté et de l'égalité ne peut s'accomplir que par le pouvoir de la fraternité humaine ; elle ne peut se fonder sur rien d'autre. Mais la fraternité n'existe que dans l'âme et par l'âme ; elle ne peut exister par rien d'autre. Car cette fraternité n'est pas affaire de parenté physique ni d'association vitale ni d'accord intellectuel .

Quand l'âme réclame la liberté, c'est la liberté de se développer, de développer le divin dans l'homme et dans tout son être. Quand elle réclame l'égalité, ce qu'elle veut, c'est cette même liberté également pour tous, et la reconnaissance d'une même âme , une même divinité dans tous les êtres humains. Quand elle cherche la fraternité, elle fonde cette égale liberté de développement sur un but commun, une vie commune, une unité de pensée et de sentiment, elle-même fondée sur la reconnaissance de l'unité spirituelle intérieure .

En fait, cette trinité constitue la nature même de l'âme ; car la liberté, l'égalité et l'unité sont les attributs éternels de l'Esprit . Reconnaître pratiquement cette vérité, éveiller l'âme dans l'homme et tenter de le faire vivre dans son âme et non dans son égo, tel est le sens intérieur de la religion, et c'est à cela que la religion de l'humanité doit parvenir également si elle veut se réaliser dans la vie de l'espèce.''

Sri Aurobindo, L'idéal de l'Unité humaine, 1919

jeudi 30 juin 2016

L'ORPAILLEUR




  La petite flamme a grandi sous les âges, elle est devenue racine et bête, elle est devenue homme et veut grandir encore. L'heure vient où elle se veut tout amour dans l'homme lui-même enfin. l'heure vient où il faut choisir de retourner aux vieilles catastrophes, ou au grand jour d'une autre conscience. Ah ! Nous sommes le lieu d'une bataille, nous sommes une aventure; il faut choisir ! Plus temps de s'évader, plus temps de chercher dans l'extérieur des choses, dans les temples séniles, les Ecritures, mais de transmuer tout. Plus temps d'inventer des systèmes, encore des systèmes, encore des évangiles, mais de rassembler toutes nos forces et de lancer notre foi très haut, comme un harpon de lumière pour crever le ciel de suie -- et tirer un Rayon d'or qui change la face des choses. Ah! Point nés pour tourner en rond dans les cycles aveugles ! Changeons la vague qui nous emporte en conscience qui roule les mondes -- une conscience qui se souvient dans un corps qui rayonne. Car en vérité, ce qui était au début doit se retrouver à la fin, non plus dans un éclatement solaire où tout est aboli, non plus dans un éclatement noir où tout est englouti, mais dans un corps radieux sur une terre accomplie, dans l'innombrable joie des formes qui expriment Dieu partout. Tout est joie, il faut se souvenir, se souvenir ! Elle est là, tranquille et sûre sous la peau noire des choses. Elle nous aime. Et je devine des profondeurs, des profondeurs sans fin, des étendues de conscience comme des mers frémissantes de soleils. Je sens cela tout proche, comme un sourire derrière un voile. Nous sommes au bord de quelque chose, la vie commence ! Rêvons divinement. Et la lumière dans un corps.
SATPREM

mardi 2 février 2016

Mahâsarasvatî



Mahâsarasvatî est la puissance de travail de la Mère et son esprit de perfection et d'ordre. La plus jeune des quatre, Elle est la plus experte en capacité d'exécution et la plus proche de la nature physique.

Maheshvarî trace les grandes lignes des forces mondiales, Mahâkâlî actionne leur énergie et leur impulsion, Mahâlakshmî révèle leurs rythmes et leurs mesures, mais Mahâsarasvatî préside au détail de leur organisation et de leur exécution, à la relation des parties entre Elles, la combinaison efficace des forces et l'exactitude infaillible dans le résultat et l'accomplissement.

La science, l'art et la technique sont du ressort de Mahâsarasvatî. Elle contient dans sa nature et peut toujours donner à ceux qu'Elle a choisis la connaissance intime et précise, la subtilité, la patience, l'exactitude de l'esprit intuitif et de la main consciente et le regard pénétrant du travailleur parfait.

Cette Puissance est la constructrice vigoureuse, infatigable, soigneuse et efficace, l'organisatrice, l'administratrice, la technicienne, l'artisane et la classificatrice des mondes. Quand Elle entreprend la transformation et la reconstruction de la nature, son action est laborieuse et minutieuse et, bien souvent, à notre impatience Elle semble lente et interminable. Mais Elle est persistante, intégrale et sans défaut. Car sa volonté dans le travail est scrupuleuse, vigilante et infatigable. Se penchant vers nous, Elle voit et touche chaque détail, découvre chaque infime défaut, lacune, perversion ou imperfection et considère et pèse exactement tout ce qui a été fait et tout ce qui reste à faire.

Rien n'est trop petit ni trop trivial en apparence pour son attention. rien ne peut lui échapper, si impalpable, si déguisé ou caché que ce soit. Façonnant et refaçonnant, Elle élabore chaque élément jusqu'à ce qu'il soit parvenu à sa forme vraie, mis à sa place propre dans l'ensemble et qu'il accomplisse son but précis. Dans sa constante et diligente organisation et réorganisation des choses, son regard est à la fois sur tous les besoins et sur la manière d'y faire face, son intuition sait ce qui doit être choisi et ce qui doit être rejeté, et détermine avec succès l'instrument propre, le temps propre, les conditions propres et l'opération propre.

Elle abhorre l'indifférence, la négligence et la paresse, tout travail bâclé, inconsidéré et équivoque, toute maladresse, tout à peu près et tout raté, toute adaptation fausse, tout mauvais emploi des instruments et des facultés. et de laisser un travail non exécuté ou à demi exécuté est pénible et étranger à sa nature. Quand son travail est achevé, rien n'a été oublié, mal placé, omis ou laissé dans un état défectueux. Tout est solide, précis, complet, admirable. 

Rien de moins qu'une parfaite perfection ne peut la satisfaire et Elle est prête à affronter une éternité de labeur si cela est nécessaire à la plénitude de sa création.
C'est pourquoi de tous les pouvoirs de la Mère, Elle est la plus endurante avec l'homme et ses milliers d'imperfections. Douce, souriante, proche et secourable, ne se détournant et ne se décourageant pas aisément, persistant même après l'insuccès répété, sa main soutient chacun de nos pas à condition que nous soyons droits, sincères et que nous n'ayons qu'une volonté. Car Elle ne tolère aucune duplicité et son ironie révélatrice est impitoyable au drame, au cabotinage, à l'illusion et à la prétention.

Une mère pour nos besoins, une amie dans nos difficultés, un conseiller et un mentor constant et tranquille, dissipant par son éclatant sourire les nuages de tristesse, de mauvaise humeur et de dépression, remémorant sans cesse l'aide toujours présente, montrant du doigt l'éternelle clarté du soleil, Elle reste ferme, calme et persévérante dans l'élan profond et continu qui nous pousse vers l'intégralité de la nature supérieure. Tout le travail des autres pouvoirs dépend d'Elle pour sa perfection, car Elle assure la base matérielle, élabore les détails, érige et rivette l'armature de la construction.

Sri Aurobindo, La Mère

mercredi 12 août 2015

A l'écoute de la loi intérieure


La loi intérieure, la vérité de l'être, c'est la présence divine en chaque être humain, ce qui devrait être le maître et le guide de notre vie.
Quand on prend l'habitude d'écouter cette loi intérieure, de lui obéir, de la suivre, d'essayer de plus en plus de la laisser guider la vie, on crée autour de soi une atmosphère de vérité, de paix, d'harmonie, qui naturellement réagit sur les circonstances et, pour ainsi dire, forme l'atmosphère dans laquelle on vit. Quand on est un être de justice, de vérité, d'harmonie, de compassion, de compréhension, de parfaite bonne volonté, cette attitude intérieure, plus elle est sincère et totale, plus elle réagit sur les circonstances extérieures - non qu'elle diminue nécessairement les difficultés la vie, mais elle donne à ces difficultés un sens nouveau, et cela permet d'y faire face avec une force et une sagesse nouvelles; tandis que l'homme, l'être humain qui suit ses impulsions, qui obéit à ses désirs, qui s'embarrasse fort peu de scrupules, qui en arrive à vivre dans un cynisme complet, se moquant de l'effet que sa vie peut avoir sur les autres et des conséquences plus ou loins néfastes de ses actes, celui-là se crée une atmosphère de laideur, d'égoïsme, de conflit, de mauvaise volonté, qui nécessairement agit de plus en plus sur sa conscience et lui donne une âpreté dans l'existence, qui finalement devient un tourment perpétuel.

La Mère

Le regard intérieur


Il y a un état où l'on s'aperçoit que l'effet des choses, des circonstances, de tous les mouvements et de toutes les actions de la vie sur la conscience dépend presque exclusivement de votre attitude vis à vis ces choses. Il y a un moment où l'on devient assez conscient pour s'apercevoir que les choses en elles-mêmes ne sont vraiment ni bonnes ni mauvaise : elles ne le sont que vis à vis de nous; leur effet sur nous dépend absolument de l'attitude que nous avons à leur égard. La même chose, identiquement, si nous la prenons comme un don de Dieu, comme une grâce divine, comme l'effet de l'Harmonie totale, nous aide à devenir plus conscients, plus forts, plus vrais, tandis que si nous la prenons ( exactement la même circonstance) comme un coup donné par le sort, comme une force mauvaise qui veut nous affecter, cela nous diminue, cela nous alourdit, et cela nous enlève et la conscience et la force et l'harmonie. Et la circonstance en elle-même est identiquement la même - cela, je voudrais que vous ayez tous cette expérience-là, parce que quand vous l'avez, vous devenez maître de vous même. Non seulement maître de vous même mais, en ce qui vous concerne, maître des circonstances de votre vie.
La Mère

dimanche 5 juillet 2015

LA TRANSFORMATION



Pratiquement, le travail se fait à travers chacune de nos difficultés psychologiques, symboliques de la même difficulté à travers le monde... si l'on touche une vibration donnée dans un individu, c'est la même vibration qui est touchée dans le monde entier.
"Chacun de vous, dit la Mère, représente une des difficultés qui'l faut vaincre pour la transformation... et cela fait beaucoup de difficultés ! C'est même plus qu'une difficulté ; je crois vous avoir dit autrefois que chacun représente une impossibilité à résoudre ; et quand toutes ces impossibilités seront résolues, l'Oeuvre sera accomplie." Chaque individu, nous le savons, a une ombre qui le talonne et semble contredire le but de sa vie. 
C'est la vibration particulière qu'il doit transformer, son champ de travail, son point impossible. C'est à la fois le défi de sa vie et la victoire de sa vie. C'est sa part de progrès dans l'évolution collective de la terre. Mais un phénomène particulier se produit dans notre laboratoire : dans la vie ordinaire ou dans un yoga individuel, cette ombre est plus ou moins latente, plus ou moins gênante et elle finit par se dissoudre ou, plutôt, par s'enfoncer dans une oubliette ; mais dès que l'on se met à un yoga terrestre, on s'aperçoit qu'elle ne s'enfonce pas du tout ; elle sort et ressort avec une virulence infatigable, comme si la bataille n'était jamais gagnée... comme si, en vérité on faisait la bataille sur ce point vibratoire particulier pour la terre entière ; il semblerait que le chercheur soit devenu le lieu d'une bataille spéciale, aiguë, symbolique de la même bataille, plus ou moins larvée, sur le même point d'ombre, dans le reste des individus humains. "Vous ne faîtes plus votre yoga pour vous seul, vous faîtes le yoga pour tout le monde, sans le vouloir, automatiquement." Et le chercheur vérifie in vivo le principe de l'unité substantielle du monde : si l'on se mêle de redresser une seule vibration en soi, ce sont des myriades de petites vibrations frères, ou soeurs, qui résistent à travers le monde. 

C'est ce que Sri Aurobindo appelle un "yoga pour la conscience terrestre"; (On Himself) "Parce qu'il accepte la vie, le chercheur du yoga intégral doit porter non seulement son propre fardeau, mais en même temps une grande partie du fardeau du monde, qui vient s'ajouter à sa charge déjà suffisamment lourde. Par suite, son yoga bien plus que les autres ressemble à une bataille ; et ce n'est pas seulement une bataille individuelle, c'est une guerre collective livrée sur un pays immense. Il ne suffit pas qu'il conquière en lui-même les forces égoïste du mensonge et du désordre, il faut encore qu'il les vainque comme les représentants des mêmes forces adverses inépuisables dans le monde. Ce caractère représentatif leur donne une capacité de résistance bien plus obstinée, un droit de récurrence presque sans fin. Souvent donc, le chercheur s'apercevra que même après avoir gagné avec persistance sa bataille personnelle, il devra la gagner encore et encore dans une guerre qui semble interminable, parce que son existence intérieure est déjà si élargie que non seulement elle contient son propre être avec ses expériences et ses besoins bien définis, mais qu'elle est solidaire aussi de l'être des autres ; car en lui-même il porte l'univers.(La Synthèse des Yoga).

Satprem ~ "Sri Aurobindo ou l'Aventure de la Conscience" chap XVII ~ La Transformation ~

lundi 22 juin 2015

Om Namo Baghavate



Le premier mot représente:
l'invocation suprême, l'invocation du Suprême.

Le deuxième mot représente:
le don total de soi, la soumission parfaite.

Le troisième mot représente:
l'aspiration, ce que la manifestation doit devenir-Divine

La Mère

mardi 17 mars 2015

LES GUERRIERS DU RÉEL




Ils sont les guerriers du Réel,
Eux qui n’ont d’autres ennemis qu’eux-mêmes,
Eux dont la seule arme est leur sincérité
Et l’abandon de soi leur unique stratégie.
Eux qui savent qu’il n’est qu’un combat,
Où mourir à soi-même est la seule issue,
Pour ne laisser que des cendres de l’existence
Dont puisse renaître sans fin le phœnix mystique de la Vie.
Alchimiser l’Enfant d’Or des épaisseurs de plomb de l’ego
Pour enfin transpar-être au sein d’un monde solaire,
Alors, dans un coup de Grâce s’évanouiront les guerriers,
Réalisant dans la béatitude absolue que jamais ils ne furent.
Diksha

mardi 3 février 2015

Entretien avec Satprem du 2 février 2005

(Extraits d’une discussion entre Satprem, Sujata et une autre personne)


Ecoutez, nous sommes le 2 Février aujourd’hui… C’est le mois de Mère Le mois de Mère... C’est l’anniversaire de Champaklal aussi. Et puis avec Yolande, nous avions parlé Le 27 Janvier, et à partir du 28, je voulais vous poser ses questions. Yolande, comme vous savez, c’est une force positive –une énergie, plutôt que force – énergie positive. Oui, Positif, c’est bien, alors qu’il y plein de négativité partout dans le monde ! Partout. Or elle, comme nous tous, n’est-ce pas, nous voyons l’état du monde : exactement, c’est plein de négativité, de choses négatives, et de plus en plus négatives. C’est un grand assaut sur le Travail que vous êtes en train de faire. C’est un grand assaut sur la Terre. Absolument. Et alors ceux qui connaissent Sri Aurobindo et Mère, et puis vous… Oh oui ! Sri Aurobindo, je connais, j’aime bien ! C’est lui qui voulait marier la Terre au Ciel.
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Sur les derniers jours de Satprem & Sujata

Extrait de "Sujata Nahar - Loving homage" Édité par Nirmal Nahar & Anurag Banerjee
Satprem fit sien le défi d'atteindre l'Inatteignable. Il s'aventura tout d'abord dans l'ascension des plans de conscience pour atteindre le Supramental - la région de la Conscience-de-Vérité absolue. Sa tâche suivante fut de fixer la conscience Supramentale dans son corps physique. Cette rare prouesse fut également accomplie par lui. Un de ses proches collaborateurs avait noté que sa main était comme du plomb fondu; après tout, c'était là le corps dont chaque cellule était pleine à craquer de conscience... 
La seule tâche qu'il restait à accomplir à Satprem était la complétion de la transformation du physique qui conduirait à son tour à la conquête de la mort. Il travailla infatiguablement pour trouver la clé qui résoudrait ce mystère et peut-être la trouva-t-il car il a été rapporté qu'il informa par écrit un de ses proches associés: "Je suis arrivé au bout".

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vendredi 8 août 2014

Lumière du Coeur


Le corps est la chrysalide de l'âme

Désert de sel
L'infini tient le fini dans ses bras,
Le Temps voyage vers l'éternité révélée.
Structure miraculeuse du Mage éternel,
La Matière à ses propres yeux voile son mystère.
Ecriture rédigée en signes cryptiques,
Document occulte de l'art du Tout-Merveilleux.
Tout témoigne ici-bas de sa secrète puissance,
En tout nous sentons sa présence et son pouvoir.
Le soleil est un flamboiement de sa splendeur souveraine,
La lune une splendeur d'or chatoyante,
Une splendeur son rêve de ciel pourpre,
Une marche de sa grandeur le périple des étoiles,
Son rire de beauté éclate dans les arbres verdoyants,
Ses moments de beauté triomphent dans une fleur;
Le chant de la mer céruléenne, la voix vagabonde de l'Eternel.
Ce monde est Dieu accompli dans l'extériorité.

Sri Aurobindo
Nuages observés au-dessus des îles Aléoutiennes (Pacifique Nord)

vendredi 11 avril 2014

Om

                                                                     

C'est une expérience faite et qui est vraie, tout à fait vraie: par exemple, le son OM amène des vibrations qui sont tout à fait particulières (il y a d'autres sons comme cela, mais celui-là naturellement est de tous le plus puissant). C'est un essai de diviniser la substance. D'un point de vue tout à fait voisin, ça remplit l'atmosphère physique de la Présence divine.
Mère, 3 fevrier 1962


Prières de la conscience des cellules (1951-1959)
21 septembre 1951

O mon doux Seigneur,
suprême Vérité
j’aspire à ce que
cette nourriture que
j’absorbe, infuse
dans toutes les cellules
de mon corps
Ta toute-connaissance,
Ta toute-puissance,
Ta toute-bonté.



vendredi 14 février 2014

Concentration

"Nouvelle naissance"

…Se concentrer, c'est se trouver. C'est la recherche, le moyen à poursuivre. C'est le plus court chemin pour arriver à quelque chose. On n'a qu'à se concentrer, mais profondément, et toc ! on a la chose, le mot, l'idée, le sentiment, l'endroit que l'on veut découvrir, le plan de conscience et, avec persévérance et un effort constant, le Moi et l'âme. Se concentrer pour trouver l'âme. On peut arriver à tout, à l'aide de la concentration.
Mais il faut savoir se concentrer et chaque plan a un degré de concentration. Savoir se concentrer, c'est ac­quérir le pouvoir de se retirer des autres choses à l'excep­tion de la seule qu'on veut acquérir.

Tu sais ce qu'il faut faire, pour commencer ; tu te tiens devant le mur et tu te dis : "Que mon mental soit blanc comme le mur." Puis si tu vois un petit point noir sur le mur — ou n'importe où —, un point, tu te mets à te concentrer sur ce point avec un regard fixe, sans qu'il y ait d'autres pensées dans ta tête, sans bouger, sans vaciller comme si tu voulais l'envelopper par ton regard hypno­tique. Puis tu verras que tu commences à avoir une re­lation avec ce point et que rien n'existe autour. Seul le point existe, et toi attiré comme par un aimant. Tu as un regard pénétrant. Et petit à petit, le point noir n'existe plus dans ton regard ; tu es en train de te concentrer très fort. Mais au lieu d'un point noir, il y a un point lumineux ; comme si tout changeait d'apparence. Le point noir est devenu un point lumineux. Et on voit d'autres mouve­ments juste autour de ce point lumineux. Puis on ne voit que ce point lumineux et rien d'autre tout autour. Et une sorte de relation profonde s'établit…

Puis si on apprend à se concentrer davantage, vraiment se concentrer avec ardeur, on s'aperçoit que ce n'est pas soi qui se concentre et que l'ego n'existe plus, mais qu'une volonté tout à fait détachée, sans pensées, ni vacillements, comme un vide, mais bien soutenu par l'aspiration, agit à travers le soi-disant moi. Car le Moi semble dissimulé. Mais la concentration est bien orientée, profondément fixée là-dedans (Mère désigne le centre psychique), sans être dérangée par l'extérieur, et elle est en train de dé­couvrir des régions de bonheur où la douceur divine règne. Couche après couche, on découvre des plans de conscience et on laisse derrière soi un corps subtil après l'autre en passant d'un plan à un autre, jusqu'à ce qu'il n'y ait au­cune résistance et que l'âme se trouve devant nous sans intermédiaire et sans support étranger. Et on découvre l'âme dans sa plénitude. Si on commence à vivre dans cet état, c'est alors qu'on vit perpétuellement une nouvelle naissance. À chaque moment, on découvre une nouvelle vie, une nouvelle aspiration, une nouvelle lumière et un nouvel amour. Toujours c'est de nouveauté en nouveauté qu'on s'élance. C'est ça, la vie.

Il faut savoir comment se concentrer en allant profondé­ment là-dedans pour trouver le siège intérieur d'où il faut aspirer de plus en plus, et rejeter simultanément tout ce qui dérange — les impulsions, les sensations et les pensées. Tout ce qui ne nous appartient pas, il faut le rejeter. Afin que nous soyons purs pour nous identifier à la Cons­cience Divine. Trois étapes qui s'aident l'une l'autre : se concentrer, rejeter et aspirer pour s'identifier avec le Divin.


Mère
Salle de "Concentration" du "Matrimandir" (Auroville)
Mère parle du projet du Matrimandir
…Et alors, les gens seront admis là pour se concentrer – (riant) pour apprendre à se concentrer! Pas de méditations fixes, rien de tout cela, mais il ... là dans le silence – dans le silence et la concentration...lire la suite
 Extrait de l'Agenda 3 janvier 1970.
Matrimandir


jeudi 4 avril 2013

Transformation


Peinture de Maria
Mon souffle coule en un courant rythmique subtil;
      il emplit mes membres d'une puissance divine:
      J'ai bu l'Infini comme un vin de géant.
Le Temps est mon drame ou mon spectacle de rêve.
Mes cellules illuminées sont dès lors un schéma flamboyant de la joie
     et les fils frémissants de mes nerfs changés en fins
     canaux d'ivresse, opale et hyalite,
pour l'influx de l'Inconnu-et-le-Suprême.

Je ne suis plus vassal de la chair,
    esclave de la Nature et de sa règle de plomb;
         Je ne suis plus captif des rets étroits des sens.
Mon âme dés-horizonée s'étend à une vue immesurable,
    mon corps est l'heureux outil vivant de Dieu,
         mon esprit un vaste soleil de lumière immortelle.

Sri Aurobindo

Extrait de "Les poèmes de Sri Aurobindo" (1933/34)

Libération


Peinture de  Maria

J'ai rejeté de moi la danse de girouette du mental 
et me tiens libre désormais dans le silence de l'esprit,
sans le temps ni la mort au-delà du genre des créatures,
le centre de ma propre éternité.

Je me suis échappé, le petit moi est mort;
Je suis immortel, seul et ineffable;
Je suis sorti de l'univers que j'ai créé
et devenu sans nom et sans mesure.

Mon mental est calmé dans une lumière immense et sans fin,
mon coeur une solitude de délice et de paix,
mes sens dépris du toucher, du son, de la vue,
mon corps un point en de blanches infinités.

Je suis de l'Etre un seule immobile Béatitude:
nul ne suis-je, moi qui suis tout ce qui est.

Sri Aurobindo

Extrait "Les poèmes de Sri Aurobindo" (27-7-1938)




mercredi 3 avril 2013

Le Jardin de la Présence





La Présence est lente
Elle a besoin du moment infini
Pour abolir les contours du temps
Les prisons de l’espace.
Elle a besoin de creuser la seconde
Pour entrer dans une action simple:
Arroser la plante assoiffée,
Cirer longuement la table, et la polir
Jusqu’à son ultime étincellement.
La Présence est comme une voleuse
Qui se glisse par effraction
Dans le geste le plus humble,
Dans la vision la plus modeste
D’un regard quotidien.
Elle habite pourtant
Depuis l’aube du monde
Chaque cellule vivante
Et se nourrit à chaque instant
De l’existence ordinaire.
Elle brille secrètement
D’une lumière si intense
Que nul ne pourrait s’en saisir
Et en faire une croyance.
Comme un vol d’oiseau
Qui s’enivre de liberté
Elle échappe à la forme
Et la contient toute entière
Elle dissout les vérités
Lorsqu’elles se figent
Et n’est jamais prisonnière.
Mais si le coeur a fleuri
Au soleil de la Présence
Plus rien ne peut l’atteindre
Si ce n’est la joie
Transparente et nue
Qui jaillit de la source
Et danse pour le rien ou le rire
Ou même pour l’illusion
Qui fait croire à la vie.

Marianne Dubois

dimanche 31 mars 2013

C'est l'heure de l'inattendu


"Une certitude au fond de la Matière
Que la solution est là.
Il faut descendre tout au fond
A la recherche de cet éclatement
merveilleux de la Vibration d'Amour."

"Le tout au fond, c'est le commencement même des mondes.
C'est l'éclatement de la la Vibration d'Amour
Dans une petite cellule
Pour la joie d'aimer
Et c'est ce qui peut le refaire en un clin d'oeil Divin
ou dans le sourire d'une petite cellule amoureuse."

Extrait de "La philosophie de l'amour" de Satprem

Un ange des profondeur, Guillaume Nery

jeudi 28 mars 2013

Extrait du "Mental des cellules" par Satprem

 Quatre milliards et demi d’Homo sapiens sont en train d’apprendre la nullité de leurs moyens d’existence, comme un jour certains poissons ont appris la nullité de leurs branchies sur une terre desséchée. Si ces poissons améliorent leur Science aquatique, inventent de nouvelles nageoires et de nouvelles philosophies, ils se trompent.

Il s’agit de savoir si nous allons trouver le MOYEN, non pas d’améliorer l’asphyxie humaine mais de vivre autrement et d’être autrement sur la terre. Existe-t-il, dans ce corps humain, un ressort, un levier, qui permettra de changer nos conditions terrestres, comme il y a trois millions d’années une première vibration de pensée a préparé Einstein et le Boeing 747 ? Quelle vibration ? Où, dans le corps ? – Se pourrait-il que la Matière première du monde, la cellule, recèle un pouvoir de conscience ou un mode vibratoire qui rende caducs tous nos moyens cérébraux et nos artifices sans issue ? un Mental des cellules qui nous ouvrira de nouvelles sources d’énergie, de nouveaux moyens de communication, un nouveau pouvoir de manipuler la Matière. Une biologie nouvelle et une conscience nouvelle qui permettront d’affronter le défi d’une espèce en voie d’auto-destruction. Telle est l’incroyable découverte de Sri Aurobindo et de Mère dans les cellules du corps, à l’heure où la terre asphyxie. Car le salut est physique, disait celle qui, à 80 ans, osait frapper à la dernière porte du corps et faisait la plus formidable découverte depuis Darwin.



"La mort est une illusion, la maladie est une illusion, l'ignorance est une illusion! quelque chose qui n'a pas de réalité, pas d'existence...Seulement l'Amour et l'Amour de l'Amour-immense, formidable, prodigieux, emportant tout...."

 "Ce corps, ce n'est plus du tout comme d'habitude: ce n'est plus guère qu'une concentration, une espèce d'agglomération de quelque chose; ...C'est une sorte d'agglomération, de concentration de vibrations..."


"Est-ce que la mort, les maladies, les impossibilités physiques, les lois, tout, ne serait pas la cristallisation d'une certaine mémoire...fausse, celle de la fausse matière? celle d'un certain bocal. Une habitude qui tourne en rond."



« Donc pour commencer à percevoir la cellule ou à éprouver la cellule, il faut d'abord traverser tout ce qui la recouvre : des couches et des couches opaques et bourdonnantes. La première de toutes les couches est notre couche intellectuelle - celle dans laquelle nous vivons. C'est le haut du bocal. Il est évident que toutes les idées, les philosophies, les religions et le reste n'ont rien à voir avec le corps ». 

« Elle n'a l'air de rien cette couche-là, c'est comme l'air que l'on respire, mais c'est un énorme grouillement ».

« Il faut que tout cela se taise. Si l'on veut voir clair dans un liquide, il faut qu'il se décante. Première opération : le silence mental. Quand cette couche-là est à peu près clarifiée…" "… on voit surgir une deuxième couche qui commence à devenir très exacte lorsqu'elle n'est plus embellie par le tapage supérieur des idées et des noblesses philosophiques, humanitaires ou religieuse : c'est la couche du mental émotif. C'est déjà plus collant. Mais ces émotions, si belles soient-elles, n'ont rien à voir avec le corps. Deuxième opération : la pacification du mental émotif. C'est déjà une opération plus compliquée et qui ressemble à une guérilla dans le désert. Quand cette couche-là est à peu près clarifiée et apaisée, on voit surgir une troisième couche, qui jusqu'alors était tout emmêlée aux deux couches supérieures : c'est le mental sensoriel, celui qui gouverne nos réactions ; là cela devient franchement la forêt vierge avec toutes sortes de petits serpents et de marécages. On n'est pas encore tout à fait dans le corps, mais on s'en rapproche. Toutes ces sensations de fatigue et de sommeil, de peur, de douleur et de plaisir, goût et dégoût, attraction et agression, contraction et relâchement - tout cela grouille. Mais on s'aperçoit à quel point tout cela est dicté par les habitudes, le milieu, l'éducation : tout un fouillis qui n'a rien à voir avec le corps et qui est comme plaqué dessus. Troisième opération : la transparence du mental sensoriel ou la neutralité parfaite. »

« Si l'on se contracte ou si l'on rejette, c'est comme si l'on dressait un mur instantané. C'est-à-dire que la traversée s'arrête, on reste bloqué au milieu de l'Amazonie. Il faut décrocher le corps de toute cette trame active et réactive. Là, le corps commence à devenir un peu flottant, comme s'il ne s'avait plus très bien ses amarres et son poids - en fait, il est étrangement allégé, ça commence à devenir un peu "le corps". Puis on arrive à la barrière : la quatrième couche, celle du mental physique. »

« Il y a toutes ces vieilles choses qui viennent de l'atavisme humain: être raisonnable, être prudent, être perspicace... prendre des précautions, être prévoyant, oh !... tout cela qui est le tissu de l'équilibre humain ordinaire. C'est tellement sordide ! Et toute la mentalisation des cellules... »

« ... Toute la mentalisation des cellules est comme cela, peine de cela, et non seulement à sa propre manière d'être, selon sa propre expérience, mais à la manière d'être des parents et des grands parents et de l'entourage…"

« … J'ai eu une abolition totale de la mémoire, alors... Maintenant j'ai l'habitude, alors toutes les cellules restent comme cela, immobiles, silencieuses et exclusivement tournées vers la Conscience, puis attendent. N'est-ce-pas, tout ce que l'on fait, tout ce que l'on sait, tout est basé sur une sorte de mémoire semi consciente qui est là – ça : parti. Et alors plus rien. Et c'est remplacé par une sorte de présence lumineuse et… les choses sont là on ne sait comment. »




Entretien avec Satprem


Extrait de « Le mental des cellules », Satprem. Editions Robert Laffont

« C’était dans les canyons déserts près de Pondichéry. Nous étions assis tranquillement lorsque, d’un creux, sont sortis trois hommes.
Instantanément, nous avons su : « Ils viennent me tuer. » Nous sommes restés assis, sans bouger. Et c’est étrange, sans que nous fassions aucun effort, aucune concentration, nous nous sommes trouvés soudain comme vidés de nous-mêmes, sans réaction, sans peur, sans rien, tel un caillou, mais un caillou conscient qui regardait tout cela comme une sorte de spectacle qui ne le concernait pas, comme on peut regarder en rêve quelque chose qui arrive à quelqu’un d’autre, qui est pourtant soi-même. Et la sensation n’était pas vraiment d’un caillou, sauf par la neutralité, mais plutôt d’un corps, notre corps, comme une sorte de chose complètement transparente et nulle, un peu flottante.

Rien ne bougeait, pas un frisson, pas un battement - et nous n’y étions pour rien, il n’y avait aucune « maîtrise » de notre part, aucun effort. C’est comme quelque chose qui s’était emparé de nous dans une immobilité transparente. Les trois hommes étaient là : deux devant, un derrière. Puis une sorte de voix en nous a dit : « Debout ». Nous nous sommes levés, le dos au bord du canyon. L’un des deux comparses a enlevé notre montre, sans doute pour faire croire à un vol. L’homme, derrière, est venu se mettre devant nous. Nous avons vu le bras du tueur se lever pour nous pousser dans le canyon. Nous avons suivi le mouvement de ce bras, nos yeux ont rencontré les yeux dorés du tueur. Il a baissé le bras, il est resté un instant un peu flottant comme s’il ne savait pas quoi faire ni très bien ce qu’il faisait là. On aurait dit vraiment qu’il regardait à son tour toute cette scène comme si elle n’avait pas de sens ou comme s’il avait oublié ce qu’il était venu faire là. Il a tourné le dos, les deux autres ont tourné le dos, et ils sont partis. Puis, subitement, ils se sont mis à courir comme s’ils étaient pris de panique. Puis notre coeur s’est tout d’un coup souvenu qu’il aurait dû avoir peur, qu’on avait voulu le tuer... et il s’est mis à battre comme un idiot.

La seule chose que nous sachions, c’est que s’il y avait eu le moindre effort, le moindre raidissement, la moindre réaction pour rejeter ces hommes, même un rejet intérieur, un simple « non » dedans, instantanément nous aurions été tué : le mur dressé par nous aurait rencontré la vibration de l’autre, et le rebondissement de la vibration aurait déclenché toute la mécanique.
Là, il n’y avait rien, pas un souffle, nous étions comme un courant d’air : la vibration de l’autre passait au travers, il n’y avait pas de rebondissement. On ne peut pas tuer un courant d’air, n’est ce pas ? Il faut qu’il y ait un contact, une prise pour pouvoir tuer - il ne se prenait à rien, il n’y avait rien. Alors, s’il n’y avait rien, il n’y avait rien !

C’est-à-dire que, pendant cinq ou sept minutes, par une grâce, notre mental physique n’avait pas fonctionné.
Et c’est ainsi que tous les « miracles » se passent. Seulement le vrai miracle, c’est l’état naturel.
C’est la terre de la prochaine espèce. Un secret transparent. » 



mardi 17 avril 2012

L'action



L'action est sacrée dans son intention autant que dans sa forme, par les liens qui se tissent entre les hommes... Si nous y apportons une conscience et une honnêteté particulières, qui surviennent naturellement lorsque nous avons abandonné nos masques et nos costumes, il se manifeste une grâce et une légèreté qui donne une nouvelle saveur à nos gestes, paroles et actions...

L'effluve délicieux du sacré se glisse dans toute action visitée par la conscience et l'humilité d'être soi.

Cette offrande de soi est le véritable aboutissement de nos quêtes car ce que nous cherchions en tous sens révèle son humble secret lorsque cesse la quête.

Il n'existe pas de détente plus profonde que la liberté d'être et de s'offrir au regard des autres plutôt que de paraître et de présenter une image calculée. Il n'existe pas de moment plus riche que celui vécu dans la simplicité et l'accueil. Il n'existe pas d'extase autre que la joie simple d'être vivant. Il n'existe pas de service plus élevé que notre Abandon à l'Intelligence de la vie dans ses formes multiples et parfois surprenantes. Il n'existe pas de participation plus active au destin du monde que de vivre la paix, la joie et l'amour qui naissent spontanément et sans y penser de cette relation en vérité avec toute chose et tout être.

Et si Dieu ne nous avait jamais attendu ailleurs qu'à l'endroit où nous sommes, dans la simplicité de l'offrande de soi?

(Ni singe ni sage ou l'éveil de l'homme nouveau de Thierry Vissac) 




La légende de Bagger Vance 

mercredi 12 janvier 2011

Descente de la Force

Extraits du livre de Satprem: "Sri Aurobindo ou L’Aventure de la Conscience"

Le yoga intégral décrit par la Mère et Aurobindo est un yoga original. Il ne consiste pas en une série complexe de postures, d'exercices, de japa, etc... Mais surtout, il n'utilise pas une force ascendante (Kundalini) mais au contraire une force descendante (Shakti).

Description de Satprem sur le point de contact avec la Shakti.













[...] 
“Et peu à peu le vide s’emplit. On fait alors une série d’observations et d’expériences d’une importance considérable, qu’il serait faux de présenter comme une séquence logique, car à partir du moment où l’on quitte le vieux monde, on s’aperçoit que tout est possible, et surtout qu’il n’y a pas deux cas semblables – d’où l’erreur de tous les dogmatismes spirituels. Nous pouvons seulement tracer quelques lignes générales d’expérience.

Satprem poursuit:


“Tout d’abord, lorsque la paix mentale est relativement établie, à défaut de silence absolu, et que notre aspiration ou notre besoin a grandi, est devenu constant, lancinant, comme un trou qu’on porte en soi, on observe un premier phénomène qui aura des conséquences incalculables pour tout le reste de notre yoga.

[...]


“On sent, autour de la tête et plus spécialement dans la nuque, comme une pression inusitée, qui peut donner la sensation d’un faux mal de tête. Au début, on ne peut guère la supporter longtemps et on se secoue, on se déconcentre, on “pense à autre chose”.


“Petit à petit, cette pression prend une forme plus distincte et on sent un véritable courant qui descend – un courant de force, qui n’est pas semblable à un courant électrique désagréable, mais plutôt à une masse fluide.

“On s’aperçoit alors que la “pression” ou le faux mal de tête du début était simplement causé par notre résistance à la descente de cette Force, et que la seule chose à faire est de ne pas obstruer le passage (c’est-à-dire bloquer le courant dans la tête), mais de le laisser descendre à tous les étages de notre être, du haut en bas.

[...]


“Ce courant, au début, est assez spasmodique, irrégulier, et il faut un léger effort conscient pour se rebrancher sur lui quand il s’est estompé; puis il devient continu, naturel, automatique, et il donne la sensation très agréable d’une énergie fraîche, comme une autre respiration, plus vaste que celle de nos poumons, qui nous enveloppe, nous baigne, nous allège et, en même temps, nous emplit de solidité. L’effet physique ressemble assez exactement à celui que l’on éprouve quand on marche dans le vent.

[...]


“En réalité, on ne s’aperçoit vraiment de son effet (car il s’installe très graduellement, par petites doses) que quand, pour une raison ou une autre, distraction, erreur, excès, on s’est coupé du courant; alors on se retrouve soudain vidé, rétréci, comme si l’on manquait d’oxygène tout à coup, avec la très désagréable sensation d’un racornissement physique; on est comme une vieille pomme vidée de son soleil et de son jus. Et l’on se demande vraiment comment on a pu vivre avant, sans cela.

Satprem ajoute:

“C’est une première transmutation de nos énergies.”

Satprem poursuit plus loin:


“Au lieu de puiser à la source commune, en bas et autour, dans la vie universelle, nous puisons en haut. Et c’est une énergie beaucoup plus claire et beaucoup plus soutenue, sans trous, et surtout beaucoup plus vive. Dans la vie quotidienne, au milieu de notre travail et des mille occupations, le courant de force est tout d’abord assez dilué, mais, dès que nous nous arrêtons un instant et que nous nous concentrons, c’est un envahissement massif. Tout s’immobilise. On est comme une jarre pleine: la sensation de “courant” disparaît même comme si tout le corps, de la tête aux pieds, était chargé d’une masse d’énergie compacte et cristalline à la fois (un bloc de paix solide et frais, dit Sri Aurobindo [dans] Letters on Yoga); et si notre vision intérieure a commencé à s’ouvrir, nous nous apercevons que tout est bleuté; on est comme une aigue-marine; et vaste, vaste. Tranquille, sans une ride. Et cette fraîcheur indescriptible. Vraiment, on a plongé dans la Source.


“Car cette “force descendante” est la Force même de l’Esprit - Shakti. La force spirituelle n’est pas un mot. Finalement, il ne sera plus nécessaire de fermer les yeux et de se retirer de la surface pour la sentir; à tout moment elle sera là, quoi que l’on fasse, que l’on mange, que l’on lise, que l’on parle; et on verra qu’elle prend une intensité de plus en plus grande à mesure que l’organisme s’habitue; en fait, c’est une masse d’énergie formidable, qui n’est limitée que par la petitesse de notre réceptivité ou de notre capacité.

[...]


“Quand ils parlent de leur expérience de cette Force descendante, les disciples de Pondichéry disent: “La Force de Sri Aurobindo et de la Mère”; ils n’entendent pas par là que cette Shakti soit la propriété personnelle de Sri Aurobindo et de la Mère; ils expriment ainsi, sans le vouloir, le fait qu’elle n’a son équivalent dans aucun autre yoga connu.

[...]


“Nous touchons ici, expérimentalement, la différence fondamentale entre le yoga intégral de Sri Aurobindo (purna yoga) et les autres yogas. Si l’on essaye d’autres méthodes de yoga avant celle de Sri Aurobindo, on s’aperçoit, en effet, d’une différence pratique essentielle: au bout d’un certain temps, on a l’expérience d’une Force ascendante (appelée kundalinî en Inde), qui s’éveille assez brutalement dans notre être à la base de la colonne vertébrale et s’élève de niveau en niveau jusqu’à ce qu’elle ait atteint le sommet du crâne, où elle semble éclore dans une sorte de pulsation lumineuse, rayonnnante, qui s’accompagne d’une sensation d’immensité (et souvent d’une perte de conscience, qu’on appelle extase) comme si l’on avait débouché éternellement Ailleurs. Tous les procédés yoguiques, que nous pourrions appeler thermogénérateurs (âsana du hatha yoga, concentrations du râja yoga, exercices respiratoires ou prânâyâma, etc.) visent à l’éveil de cette Force ascendante; ils ne vont pas sans dangers ni perturbations profondes, ce qui rend indispensables la présence et la protection d’un Maître éclairé. Nous y reviendrons. Cette différence de sens du courant, ascendant ou descendant, tient à une différence d’orientation que nous ne saurions trop souligner.

“Les yogas traditionnels et, nous le supposons, les disciplines religieuses occidentales, visent essentiellement à la libération de la conscience: tout l’être est tendu vers le haut dans une aspiration ascendante; il cherche à briser les apparences et à émerger là-haut, dans la Paix ou l’extase. D’où l’éveil de cette Force ascendante.

[...]

“Mais, on l’a vu, le but de Sri Aurobindo n’est pas seulement de monter, mais de descendre, pas seulement de filer dans la Paix éternelle, mais de transformer la Vie et la Matière, et d’abord cette petite vie et ce coin de matière que nous sommes. D’où l’éveil, ou plutôt la réponse de cette Force descendante. Notre expérience du courant descendant est l’expérience de la Force transformatrice. C’est Elle qui fera le yoga pour nous, automatiquement (pourvu qu’on la laisse faire), Elle qui remplacera nos énergies vite essoufflées et nos efforts maladroits, Elle qui commencera par où finissent les autres yogas, illuminant d’abord le sommet de notre être, puis descendant de niveau en niveau, doucement, paisiblement, irrésistiblement (notons bien qu’Elle n’est jamais violente; sa puissance est étrangement dosée, comme si Elle était conduite directement par la Sagesse de l’Esprit) et c’est Elle qui universalisera notre être tout entier, jusqu’en bas. C’est l’expérience de base du yoga intégral.

Satprem poursuit et termine cette partie du livre (Descente de la Force) en citant Letters on Yoga de Sri Aurobindo:

“Quand la Paix est établie, la Force supérieure ou divine, d’en haut, peut descendre et travailler en nous. D’habitude, elle descend d’abord dans la tête et libère les centres mentaux, puis dans le centre du cœur … puis dans la région du nombril et des centres vitaux … puis dans la région du sacrum et plus bas … Elle travaille, à la fois, au perfectionnement et à la libération de notre être; elle reprend notre nature tout entière, partie par partie, et la traite, rejetant ce qui doit être rejeté, sublimant ce qui doit être sublimé, créant ce qui doit être créé. Elle intègre, harmonise, établit un rythme nouveau dans notre nature.” [Sri Aurobindo, Letters on Yoga]


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